Politique

J-10 : toujours beaucoup de questions

Quelques jours après le premier tour, quelques ébauches, fort peu fouillées, de réflexions personnelles, éparses qu’à tout prendre, je préfère poser ici plutôt que sur les réseaux. Vous picorerez.

> Quoiqu’on en dise, la France se retrouve entre le choix le plus manichéen possible. Une alternative radicale, pure et parfaite, dont les deux branches n’auraient plus un point commun. Seulement une telle alternative en est-elle encore une ? Pas sûr. Elle tend à valider l’idée qu’il existe deux France irréconciliables. Que l’une devra céder à l’autre. Que reste-t-il de commun, à lire les noms d’oiseaux que s’adressent mutuellement des électeurs qui, parfois, ont voté au premier tour pour le même candidat éliminé ?

Les uns vous diront que ce résultat apporte la preuve définitive d’une nouvelle lutte des classes. Les exploités, laissés pour compte, contre la France des gagnants de la mondialisation. On devine aisément à quelle classe correspond chaque candidat. Dès lors, personne n’ayant jamais validé le concept de lutte des classes en assumant défendre la classe dominante, on devine pour qui voteront les tenants de cette analyse.

Les autres souligneront perfidement que le niveau d’instruction est bien la condition nécessaire pour ne pas tomber dans le panneau du populisme. Si effectivement, on peut regretter que des arguments du FN fassent mouche sans difficulté (ah ! la baguette passée de 1 FF à 1 € !), je ne suis pas certain que Paul Ricoeur soit sur la table de chevet de 24% des électeurs du jeune énarque philosophe banquier (il lui manque encore d’être poète et aventurier !).

Tous, bizarrement, ne manquent pas de soigneusement lister les inspirations et soutiens du candidat d’en face, en oubliant soigneusement ceux de leur champion.

Quoiqu’il en soit, il va être compliqué de faire fi plus longtemps des raisons qui poussent la moitié des Français à voter pour des candidats qui nous emmènent vers l’inconnu – jusqu’à probablement, et c’est nouveau, en souhaiter la victoire.

> Désormais, la droite est divisée en trois. C’est clair, c’est net… et ce n’est pas nouveau. Au fond, la vieille distinction de René Rémond serait-elle toujours pertinente ?

Dès lors, les réactionnaires (ou bonapartistes) trouveront aisément à qui donner leur voix, les libéraux (orléanistes) ne manqueront pas de se rendre (ou de rester) chez Macron. Quant aux conservateurs, les voici orphelins, dans le doute et, à ce que je vois, sans représentant notable pour la suite. Il est vrai que François Fillon était de ce point de vue le profil idéal – à tout le moins ce qu’il en avait montré, de façon si fugitive, à la fin de la primaire.

> La refondation d’ici les législatives va être compliquée : ces trois tiers vont laisser des traces : les offres réactionnaires et libérales sont structurées et les deux finalistes ne se privent déjà pas pour traiter les Républicains comme l’Allemagne et l’URSS se sont partagé la Pologne.

> La France va-t-elle se recomposer autour de ses partis, ou autour de trois pôles qui ne recouvrent plus LR et Le PS, désormais disloqués ? Le PS de gouvernement va-t-il se fondre avec En Marche et finir l’ambiguïté structurelle de la candidature d’Emmanuel Macron ? Quel espace pour LR entre le FN et En Marche, puisqu’il semble que la droite française, toujours absolue, puisque française, soit incapable de se structurer durablement autour d’un conservatisme par nature plus complexe que ses deux voisins ?

> Finalement, c’est l’élection la plus conforme à la Ve depuis de Gaulle : rencontre entre un homme (ou une femme) et le peuple, malgré les partis. On dira pudiquement que la comparaison, pour le moment, s’arrête là.

> Le positionnement des catholiques type Limites devient intenable. On voit déjà bien, sur les réseaux, que certains sympathisants de ce courant, sympathique et pertinent à beaucoup d’égards, restent plus durs avec Macron, ne tapent plus que sur lui. Vont-ils assumer un choix ? Un vote ? Ce serait bienvenu, sans quoi on pourrait penser, à tort, que leurs écrits n’ont pas vocation à être un jour confrontée au réel. Vont-ils valider cette intuition déjà avancée par certains que, écologistes ou pas, des réactionnaires restent définitivement de droite ? L’espèce d’antilibéralisme primaire, ignorant et crasse qui se répand à longueur de posts, blogs et tweets aura-t-il eu raison du sens de la mesure ? La critique, longue comme le bras, que l’on doit continument faire de ce courant de pensée pluriel puisque, au contraire des idéologies, il ne propose rien (c’est justement son originalité, avec ses avantages et ses risques) mérite-t-elle de tomber dans un relativisme qu’on n’a pas connu depuis les glorieuses heures du stalinisme (SS et libéraux, même combat) ?

> Pour finir une seule question, pour aller plus loin que Fabius en son temps. Parce que le FN (et les autres courants contestataires éliminés) recueille la voix de ceux qui souffrent, devons-nous nous faire l’économie de savoir si, sans même parler des réponses, il pose les bonnes questions ?

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