Religion·Société

J’ai mal à mon identité

Deux remarques préliminaires :

1/ Je voulais un jour, moi aussi, tenter un titre de gauche.

2/ Je ne vous mentirai pas : je n’ai lu aucun des deux livres dont tout le monde parle. Pas par manque d’envie ni d’intérêt, mais honnêtement par manque de temps. J’y remédierai rapidement, au moins partiellement. Je vous renverrai donc dans un premier temps à l’excellente recension de mon ami Nicolas Mathey qui, s’il travaille aussi dans l’Enseignement supérieur, a du temps : c’est un professeur. #CaCestFait 

Ne pas avoir lu les ouvrages en question ne m’empêche pas d’avoir un avis. Encore heureux. Même morts, les blogueurs gardent leurs habitudes.

Quoi, vous êtes encore là ? Je vous ai conseillé d’aller chez Nicolas ! Bon, pour vous deux au fond, je continue. 

Je pense, et ce n’est pas un compliment, que les catholiques ne valent malheureusement pas mieux que les socialistes. Incapables d’avoir un débat serein, posé, factuel…

Que reproche-t-on au juste à Erwan Le Morhedec ? De mettre en garde ses coreligionnaires contre la tentation de faire passer notre angoisse avant notre espérance ? De considérer que certaines préoccupations, même en admettant leur légitimité, ne sauraient en principe prendre le pas sur ce qui semble écrit relativement clairement dans les Evangiles ?

Je vis dans le même monde que vous : l’inquiétude face aux bouleversements du monde est compréhensible. Chacun, en fonction de ses opinions, de son histoire, de sa position au sein de la société, sent, même confusément, que le monde n’est plus qu’en équilibre précaire et que l’Histoire reprend sa marche, si toutefois elle l’avait arrêtée. Chacun analyse à sa façon et en fonction des outils intellectuels à sa disposition. Perte des valeurs, libéralisme, anarchisme, gauchisme, mondialisme, fascisme, racisme… Les intellectuels français et leurs lecteurs compulsifs n’ont certes bien souvent qu’un outil mais ne disent-ils pas confusément tous la même chose ?

Seulement, l’argument selon lequel cette inquiétude peut légitimement et sans complexe, chez un chrétien, devenir aussi importante que sa foi est inaudible. Le jeune homme riche, s’il n’a su se convertir en actes, au eu moins le tact de repartir tout triste.

Nul ne peut servir deux maîtres. Explicitement, le Christ a parlé de l’argent, des biens matériels. Mais à certains égards, l’identité peut, aussi, devenir un bien qu’on protège tel un héritier qui vivrait de ses rentes.

La Foi ne peut justifier toutes les turpitudes. Il me semble.

Justifier d’amender les Evangiles au nom de la Réalité, c’est s’adonner au relativisme. Justifier de les amender en invoquant le désarroi, voire le désespoir des peuples c’est adopter la culture de l’excuse. Deux maux que, justement, les identitaires réactionnaires prétendent combattre !

S’agit-il pourtant de condamner l’identité ? Il ne me semble pas que ce soit le propos d’Erwan Le Morhedec – ni le mien ! Mais qui peut sérieusement réfuter sa thèse principale ? Qui peut nier sans faire sourire que l’extrême droite est, aujourd’hui encore, gangrenée par une frange raciste, xénophobe, et que certains identitaires ne sont que des allumés qui ne dérangent pas outre mesure ceux qui s’apprêtent à donner un bulletin de vote au Front national ? Que de plus en plus de catholiques semblent aveugles à toutes les turpitudes, pourvu qu’on leur dise ce qu’ils veulent entendre ?

Quand on somme Musulmans de se désolidariser explicitement de leurs brebis galeuses, ne serait-il pas un tantinet cohérent de faire le ménage ? Je vois pourtant, chaque jour, de follower en retweet, d’ami en partage Facebook, un continuum qui nous emmène, sans frontière visible, d’un conservatisme bourgeois chaque jour plus revendicatif à une extrême-droite revendiquée et sans filtre.

Qui peut nier qu’il y a un raidissement d’une frange conservatrice du catholicisme et que le Front National, qui sait jouer à merveille de l’atout charme de certaine héritière, grossit ses bataillons sans réellement purger les compagnons historiques (sauf quand ça devient un peu trop visible) ?

Je ne compte plus le nombre d’amis, pourtant modérés et d’opinions jadis diverses, soulignant désormais, comme des militants bien intentionnés, la régénération du FN ou, dans le meilleur des cas, la nécessité de le soutenir comme le “moins pire”.

Alors oui, le risque de radicalisation existe et je le vois quotidiennement. La stratégie est si grossière que Le Morhedec n’a pas eu besoin d’être infiltré pendant des mois pour mettre ça à jour. Il suffit de se promener sur les réseaux sociaux. Il suffit de voir, depuis la sortie de son livre, les réactions des identitaires assumés pour voir à quel point il touchait juste.

Mais ce n’est pas eux qu’il s’agit de convaincre. Qu’ils soient identitaires païens ou chrétiens, je ne me fais aucune illusion sur le fait que nos arguments ne feront jamais mouche. Ces relativistes assument très bien que le christianisme n’est pour eux qu’un élément dans leur couteau suisse idéologique.

Pour les autres, peut-être n’est-il pas trop tard de se demander, en conscience : la défense de mon identité, si précieuse soit-elle – et elle l’est assurément à mes yeux –  n’a-t-elle plus aucune limite morale, éthique ou théologique ?


 

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3 réflexions au sujet de « J’ai mal à mon identité »

  1. Vous disiez dans votre précédent post : « Le frère aîné du fils prodigue a engendré une féconde descendance. Elle me fatigue. » Après avoir lu votre post, je rajouterai  » Le Pharisien a engendré une féconde descendance, elle me fatigue  » et je compléterai :  » Qui suis je pour juger ? »

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    1. Personne ne juge, rassurez-vous. Tout est bien, tout se vaut, tout le monde est gentil.

      Surtout n’allez pas croire que j’ose émettre la moindre critique, même mesurée, avec toutes les pincettes nécessaires, sur les identitaires et leurs copains. Eux qui envoient tant de roses à l’Eglise d’aujourd’hui, ce serait tellement méchant de ne serait-ce qu’ébaucher un début de réflexion et de questionnement quant à leurs actes et leurs paroles.

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  2. Comme vous, je n’ai pas lu les 2 bouquins dont on parle. Mais je me retrouve dans votre analyse.

    Sur un autre plan, les Tradis – enfin, ceux que je lis sur le FC – et qui sont pour la plupart Identitaires, se sont émus des critiques du Pape sur un certain cléricalisme qui gangrène l’Église. Et c’est effectivement assez drôle, eux qui passent leur temps à taper sur le Pape, les évêques, etc., de les voir s’offusquer à la première remarque…

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