Politique

Valls et son petit roman national

Manuel Valls a occupé l’essentiel de l’actualité politique nationale, avec sa saillie remarquée sur la guerre de civilisation. La droite s’est esclaffée de le voir reprendre à son compte la formule sarkozienne qu’il avait lui-même condamnée en son temps. La gauche, quant à elle, l’a mollement défendue.

Manuel Valls n’en a cure. Ce qui compte, en homme politique du XXIe siècle, n’est pas d’être dans le vrai ou le juste. Fût-il dans l’action, l’exactitude d’un concept lui serait-il utile pour comprendre la situation avant d’agir. Mais même l’action n’est pas son souci.

Il n’a donc ni les outils intellectuels pour comprendre quoi que ce soit, ni l’envie de résoudre les problèmes du monde. Au moins autant que Sarkozy qui incarna le premier l’essence de l’homme politique pur, débarrassé de tout scrupule intellectuel, mais aussi et surtout d’enracinement dans l’histoire, la société ou la culture, Valls est exclusivement un homme de communication.

La politique fonctionne désormais en vase clos. On y entre jeune, tout entier tourné vers l’objectif suprême. Cela suppose de sortir du monde et renoncer à toute velléité d’y évoluer un jour à nouveau. La politique se suffit à elle-même. Elle a les moyens, institutionnels et matériels, de vivre en parfaite autonomie puisque c’est le seul secteur d’activité qui peut ponctionner les autres à loisir pour sa survie, pour faire vivre ces myriades d’hommes et de femmes évoluant en son sein, du chef de l’État au petit chargé de mission encarté dans un obscur conseil départemental.

Quand le politique, tel Valls, se pique de disserter sur l’état du monde, sur la situation économique ou sur la sociologie du pays, ce n’est pas pour dire ce qui est vrai, mais ce qui plaît et surtout, surtout, ce qui permettra soit de se démarquer de l’adversaire, soit de le “trianguler” en reprenant à son propre compte ses sujets de prédilection. La hantise absolue de ce petit monde étant, par erreur, par inadvertance ou, peut-être, parfois, par un reste involontaire d’honnêteté, de sortir quelque chose qui pourrait ressembler de près ou de loin aux idées de Marine Le Pen.

C’est pour cela que les idées de Zemmour, d’Onfray ou de Todd sont disqualifiées, frappées du sceau d’incompatibilité avec cette République défendue par le seul Manuel Valls.

Manuel Valls n’a aucune envie de discuter du fond avec ces prophètes de malheur. Il n’a ni la culture ni les armes intellectuelles pour réellement les réfuter – eux ou tout autre bien mieux outillé qui se présenterait sur sa route (un Piketty, par exemple…). De toute façon, perdre du temps à réellement ferrailler avec eux ne lui serait de toute façon d’aucune utilité dans le monde politique contemporain. La condamnation républicaine de ces éléments perturbateurs ne cherche d’autre portée que son univers : le monde politique et les petits médias qui en suivent avidement les évolutions. 

Ces idées sommaires, élaborées par des spin doctors aussi incultes et cyniques que leurs employeurs (et aussi inefficaces à en juger par le désamour croissant des Français pour leur personnel politique), se bornent désormais à la République, incarnation unique d’une sorte de France gentille, laïque, aimée du monde et peuplée majoritairement de progressistes (de gauche, parce que « la gauche, c’est le mouvement« ) qui œuvrent sans relâche à rassembler le pays contre ceux qui veulent le diviser, qu’ils soient à l’intérieur (la droite) ou à l’extérieur. Si vous ne me croyez pas, réécoutez le Grand Jury Europe 1 de ce WE où Manuel Valls répondait à Jean-Pierre Elkabbach : tous ces éléments de langage s’y trouvent, enfilés avec l’élégance et la finesse d’un collier de coquillettes.

Si d’aventure vous vous éloignez de ce Credo, même si vous avez depuis des lustres vos brevets d’homme de gauche, c’est que vous n’aimez pas la France comme Valls l’aime. Et son amour pour cette France mythologique vaut bien quelques compromis autoritaires avec la recherche de la vérité.

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