Religion

Laudato Si’, c’est pas gagné.

Il y a des lumières qui éclairent et d’autres qui aveuglent. Si l’Évangile est bien de celles-là, ainsi en va-t-il des bonnes encycliques.

Une lecture rapide, telle que celle dont je me suis contenté à ce jour, laisse cette impression de texte dense, complet, fourre-tout diraient les mauvaises langues. Ces dénonciations sans concession, ces injonctions collectives à changer le monde sans recettes miracles, ce dialogue continu entre la science et la théologie, entre l’état du monde et ce que nous en disent la Bible et la Tradition, peuvent nous laisser tout à la fois repus et sur notre faim.

Et après, dira-t-on, une fois la première lecture achevée ?

Après on pourra la lire en profondeur, cette encyclique, en se donnant un peu de temps. Ça tombe bien, les vacances approchent, quoi de mieux que de lire Laudato Si’ face à l’immensité des océans ? La relire avec les précédentes, ce qui ne fera jamais de mal et permettra de relativiser ces chapôs qui nous diraient, pour un peu, que François est en train d’uberiser l’Église.

François n’est pas Travis Kanalick, mais c’est un peu notre Steve Jobs à nous autres, catholiques. Comme il était prévisible, l’encyclique fut reçue par la plupart d’entre nous avec enthousiasme, d’autant plus que chacun rivalisait de tweets pour citer les passages confortant ses propres convictions. La nature, l’économie, la technique, tout le monde retrouva ses chevaux de bataille de prédilection. Tout est lié, certains passages plus que d’autres, et surtout tout est relié à mes opinions.

Du côté des catholiques à sensibilité écologique, nul étonnement. Ils reçoivent le Graal, la consécration et ne se privent pas de se répandre, qui avec humilité, qui avec la petite arrogance des vainqueurs. J’admire ceux que même une encyclique ne peut plus bousculer : ils ont visiblement passé avec succès l’épreuve du chas.

Du côté des catholiques plus attachés, par passion ou par intérêt, au capitalisme, on pourra s’amuser à relever les circonvolutions alambiquées pour tenter de sauver ce qui peut encore l’être : tel un Stanislas de Larminat, dans Valeurs actuelles, commentant à l’envi les quelques phrases où François concède du bout des lèvres que les causes du dérèglement climatique sont sujettes à débat dans la communauté scientifique et que donc, allons-y gaiement, il peut être très légitimement nié. Cette posture devient pathétique quand on commente à 90% ces précautions introductives en omettant soigneusement le cœur du sujet.

Pape marxien ? pape anti-libéral-libertaire ? François n’en demanderait pas tant et nous ne pouvons que nous réjouir qu’il ne soit pas au fait des incomparables subtilités de nos débats à la française – les missiles mouillés de Fox News devant amplement suffire à le divertir.

Je le reconnais, il est tentant de mettre sur le dos d’une conversion tardive la virulence de certaines réactions pro- ou anti-papistes. Si, bien souvent, on note chez les catholiques de berceau une foi par trop indolente, les convertis se partagent schématiquement entre deux camps : ceux qui ont trouvé Dieu et ceux qui se cherchent surtout eux-mêmes. Si les premiers ont la force de conviction des premiers Apôtres, ces derniers vous assènent leurs certitudes avec le même aplomb – que s’ils n’avaient jamais changé d’avis – et ne risquaient pas d’en changer à nouveau.

Maintenant, j’ai beau jeu de renvoyer tout ce petit monde dos à dos. C’est une habile façon d’esquiver le débat de fond qui est, et aurait du rester, le sujet de l’encyclique d’une part, et la façon dont je la reçois, moi.

Eh bien en finissant ce premier survol, je suis un peu comme ce jeune homme riche à qui le Christ a, tout en douceur, brisé les rotules en lui disant ce qu’il devait faire pour Le suivre.

Ma vie en a-t-elle été bouleversée ? Pas vraiment. Ou pas encore. Tel le Comte de Guiche, c’est tout juste si

« on sent, – n’ayant rien fait, mon Dieu, de vraiment mal ! –
mille petits dégoûts de soi, dont le total
ne fait pas un remords, mais une gêne obscure ; »

Bref, ma conversion, non pas intellectuelle mais spirituelle, reste à faire. Ça ne date pas du 18 juin 2015, en fait, ça remonte à l’Évangile. C’est toujours ça de compris. Mais ce n’est pas gagné pour autant.

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